25 Fév Etats et entreprises européennes face à l’offensive industrielle chinoise

Comment l’Europe peut-elle sortir de l’emprise industrielle de la Chine ? Alors que le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan sonne l’alarme, dans son rapport choc « L’industrie européenne face au rouleau compresseur chinois », le réseau R.E.C.I.E.S. agit à l’échelle euro-régionale pour mutualiser les forces et aider les porteurs de projets industriels à innover et se réinventer, afin de relancer la compétitivité des entreprises : deux stratégies, deux niveaux d’actions pour contrer l’offensive industrielle chinoise.
Un plan pour sauver l’industrie européenne
Le Haut-Commissaire à la Stratégie et au Plan, Clément Beaune, vient de publier un rapport intitulé « L’industrie européenne face au rouleau compresseur chinois ». Il alerte sur les risques systémiques qui pèsent sur l’industrie européenne et propose des solutions pour y faire face. Le message est clair : l’Europe doit agir sans délais pour éviter un déséquilibre industriel irréversible.
La publication de ce rapport s’inscrit dans un contexte de concurrence industrielle accrue entre l’Europe et la Chine. Celle-ci affiche sa montée en puissance technologique. Et la dépendance de l’Europe ne fait qu’augmenter face à un pays doté de surcapacités de production industrielle et dopé par ses exportations massives.
Mais le combat est inégal. D’une part, parce que la force commerciale de la Chine repose sur des avantages structurels (coûts réduits, monnaie sous-évaluée), et d’autre part parce qu’avec 30 à 40 % d’écart de compétitivité, il est impossible pour les Européens de rivaliser sans mesures de protection. Les secteurs stratégiques (automobile, électronique, chimie…) se retrouvent véritablement en danger, au risque même de disparaître à moyen terme.
Pour lutter contre une telle offensive et renforcer la résilience industrielle européenne, Clément Beaune en appelle à un « sursaut industriel » et propose des recommandations autour de quatre axes stratégiques.
Le premier axe porte sur une protection ciblée. Le rapport préconise de renforcer les droits antidumping et les mesures antisubventions, et d’instaurer une « préférence européenne » dans les marchés publics pour soutenir les acteurs locaux.
Le second axe recommande de consolider la souveraineté industrielle par des investissements massifs dans les technologies critiques (batteries, IA, robotique) et par la mutualisation des risques via un fonds européen dédié aux secteurs stratégiques.
Le troisième axe encourage à renforcer la coordination européenne. Il s’agit d’harmoniser les règles encadrant les investissements chinois et de rééquilibrer le rapport de force par des accords commerciaux globaux.
Enfin, le quatrième axe stratégique vise à combler l’écart de compétitivité.Pour ce faire, l’Europe doit accélérer l’automatisation, monter en gamme, et former massivement aux métiers industriels pour doter son industrie des compétences nécessaires à l’innovation.
Dans un tel contexte, les acteurs économiques et industriels ont besoin plus que jamais d’avancer main dans la main. Dans la Grande Région, le Réseau de Coopération Industrielle, Environnementale et Sociale œuvre dans ce sens.
Un réseau euro-régional pour mutualiser les forces industrielles
En fédérant leurs efforts, les acteurs euro-régionaux tentent de construire une alternative compétitive sur des axes ciblés, dans un jeu d’équilibre avec la concurrence chinoise. Aussi, le Réseau de Coopération Industrielle, Environnementale et Sociale de la Grande Région (R.E.C.I.E.S.) propose un cadre structurant pour aider les entreprises à relever ce défi au sein de son territoire transfrontalier composé de la Lorraine (Grand Est), du Luxembourg, de la Wallonie et de la Belgique germanophone, de la Sarre et de la Rhénanie-Palatinat.
Le principe est de s’appuyer sur un écosystème de partenaires économiques transfrontaliers pour mutualiser les forces. R.E.C.I.E.S. agit alors comme un accélérateur de transformation, en aidant les industriels à renforcer leur ancrage territorial et à adopter des modèles plus agiles et résilients.
R.E.C.I.E.S. s’appuie sur l’EuroAccélérateur industriel, un dispositif permettant aux porteurs de projets industriels d’arriver plus rapidement :
- A diversifier leurs approvisionnements en privilégiant des fournisseurs locaux.
- A créer des partenariats stratégiques et lever des fonds pour développer la R&D et accélérer l’innovation.
- A monter en compétences pour se spécialiser dans des niches à haute valeur ajoutée et trouver des débouchés.
Face à la concurrence de la Chine qui mise sur des coûts de production très bas et une production de masse, les entreprises de la Grande Région cherchent à se différencier par l’innovation technologique (industrie 4.0, automatisation, matériaux avancés, procédés innovants, production d’énergies propres…), la durabilité (économie circulaire, réduction de l’empreinte carbone, éco-conception) et la proximité (partenariats transfrontaliers, circuits courts, réactivité, personnalisation des produits).
L’objectif de R.E.C.I.E.S. est d’apporter une réponse collective, structurée et innovante, au service d’une industrie plus durable et compétitive au niveau mondial. Car c’est aussi en coopérant que les acteurs industriels et économiques de la Grande Région, et plus largement de l’Europe, pourront innover, prospérer et trouver un meilleur équilibre dans les échanges commerciaux.
